Sous-considérés : le combat des malentendants pour obtenir leur place au cinéma

À l’approche du Festival de Cannes, Guillaume Baugin, cinéphile passionné et président de l’Association de réadaptation et de défense des devenus sourds, tire la sonnette d’alarme : seulement 29 % des cinémas sont aujourd’hui accessibles aux personnes sourdes. Cette réalité, encore trop ignorée, interpelle les professionnels du secteur : la communication est majoritairement pensée pour les entendants, au détriment d’une réelle inclusion.

Silence, on exclut !

Par Haya

Actuellement, la majorité des séances de cinéma ne sont pas accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes. Pourtant, la loi de 2005 impose l’égalité des droits pour les personnes en situation de handicap et oblige les cinémas à s’adapter. Selon le Centre national du cinéma (CNC), en 2020, 60 % des cinémas disposaient d’au moins une salle équipée pour proposer des séances avec sous-titrage SME (Sourds et Malentendants). Cependant, la fréquence de ces séances demeure très faible. Toujours selon le CNC, seulement 44 % des cinémas équipés organisent au moins une séance adaptée par semaine.

Ce constat révèle que le problème n’est pas d’ordre technique, mais qu’il résulte d’un manque de volonté concrète. Le cinéma devrait être un lieu ouvert à toutes et tous ; il est grand temps que cette réalité se concrétise. Comme le souligne Chloé Delaporte, enseignante-chercheuse en études cinématographiques et audiovisuelles : « les politiques publiques se sont longtemps concentrées sur l’accessibilité physique des bâtiments et des salles, alors que le secteur associatif militant travaille sur de diverses formes de handicaps, qui vont bien au-delà des enjeux architecturaux ». En réalité, une tendance persiste à ne pas reconnaître pleinement certains handicaps, par simplicité ou par refus d’aborder la complexité de l’inclusion. Ce qui s’observe, c’est souvent une façade d’ouverture, plutôt qu’un engagement dans des actions concrètes et véritablement inclusives.

Sources :

Des voix absentes à l’écran…

Par Lola

Personnages sourds joués par des acteurs entendants, voix off qui s’expriment à leur place, récits centrés sur leur « handicap » plutôt que sur leur expérience… À l’écran, les personnes sourdes restent souvent invisibles ou sont mal représentées. Et lorsque ces personnages sont présents, c’est fréquemment pour souligner leur différence, rarement leur quotidien. Dans de nombreux films grand public, la surdité est abordée sous un angle dramatique, voire tragique : elle devient un obstacle à surmonter, un simple prétexte scénaristique. Le personnage sourd n’est pas un héros parmi d’autres, mais « l’autre » à comprendre, à sauver ou à exclure.

Le succès de Sound of Metal illustre ce paradoxe, ainsi que les critiques qu’il a soulevées : pourquoi confier un rôle de batteur devenu sourd à un acteur entendant, alors que des artistes sourds existent, formés et prêts à incarner leur propre histoire ? Un article du média spécialisé The Daily Moth évoque des rôles « volés » aux acteurs sourds, dénonçant une forme d’appropriation problématique dans une œuvre pourtant centrée sur la surdité.

Dr. Dalia Tsimpida, experte en santé publique et en psychologie, a également exprimé ses réserves au sujet de Sound of Metal : « Le film présente une vision simplifiée et parfois erronée du parcours des personnes devenant sourdes, en négligeant les aspects médicaux et psychologiques complexes liés à la perte auditive. » Elle détaille dans cette interview les points scientifiquement inexacts représentés dans le film.

Cette absence de représentations authentiques nourrit les stéréotypes et, plus grave encore, empêche les spectateurs sourds de se reconnaître à l’écran. Le cinéma, en tant qu’art collectif et miroir de nos sociétés, a le pouvoir de façonner les regards. Encore faut-il qu’il se tourne vers toutes les réalités. À l’heure où les questions d’inclusion s’imposent dans tous les secteurs culturels, la diversité ne devrait pas s’arrêter à la couleur de peau ou à l’orientation sexuelle. La surdité est aussi une culture, une langue, une identité. Les films doivent le refléter, non par obligation, mais par une volonté profonde de mieux représenter la richesse du monde.

Sources :

« Entendez-nous ! » : les attentes des spectateurs sourds

Entre besoin de sous-titres adaptés, de reconnaissance culturelle et de représentations authentiques, les attentes des personnes directement concernées sont claires. Il est impératif d’adapter le 7e art à toutes les oreilles.

Le cinéma doit évoluer, non seulement dans les histoires qu’il raconte, mais aussi dans les visages qu’il met en lumière. L’inclusion passe par l’accueil des spectateurs sourds, mais aussi par leur présence à l’écran, en tant qu’acteurs à part entière. Le problème ne vient pas seulement des cinémas, mais d’un système qui rend les personnes sourdes invisibles. Il est temps de leur redonner toute leur place.


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